Comment l’industrie des droits de l’homme sabote la libération de la Palestine

Publié sur TeleSur
Traduction : Jean-Marie Flémal

La création de l’Autorité palestinienne après la signature des accords de paix d’Oslo entre Israël et l’OLP a introduit des transformations structurelles dans la politique, la société et la lutte palestiniennes.

Le combat pour la libération s’est alors transformé en une quête diplomatique du statut d’État pour 22 pour 100 de la terre palestinienne ; la révolution était ainsi détournée et, progressivement, les masses palestiniennes étaient mises sur la touche de l’action politique en même temps que de l’espace public. Si la Première Intifada palestinienne avait représenté le point culminant de l’engagement populaire dans la politique de masse et l’action directe, les décennies qui ont suivi ont montré tout le contraire. Les gens ont été entraînés dans la marge, dépouillés de leur capacité d’action et transformés en spectateurs pendant qu’une petite élite négociait en leur nom tout en exploitant leurs sacrifices et en se faisant passer pour leur unique représentante légitime.

Cette ère nouvelle requérait la formation d’un nouveau cadre normatif, l’adoption d’un nouveau discours et l’introduction d’un vocabulaire et d’un lexique absolument différents. Tout cela était nécessaire pour achever la transition de la révolution vers la construction d’un État et le développement du processus néolibéral sous l’occupation et la poursuite de la colonisation et du vol des terres par Israël.

C’est dans ce contexte que sont apparues l’industrie des droits de l’homme et l’institutionnalisation des droits.

Ceci ne suggère nullement que le contenu des droits de l’homme ait été étranger aux Palestiniens ; pas plus que cela ne signifie qu’ils n’en ont eu vent que parce que le pays a été envahi à l’excès par des organisations non gouvernementales spécialisées dans les questions des droits de l’homme.

Quand les Palestiniens de toutes les couches sociales exprimèrent leurs revendications en faveur de leur droit à l’autodétermination, à la liberté, à la dignité et à la justice lors de la Première Intifada qui débuta en décembre 1987, ils ne le firent pas sous les auspices de ces organisations.

Ils n’étaient pas poussés par la Déclaration universelle des droits de l’homme ni par les traités et conventions sur les droits de l’homme qui sont venus par la suite. Mais ils étaient plutôt inspirés par la vague des luttes anticoloniales et de libération du Sud en général, depuis l’Afrique du Nord jusqu’à l’Amérique latine.

Une autre conséquence de l’imposition des discours des droits de l’homme fut la dépolitisation de la lutte palestinienne et son recadrage dans le langage supposé neutre des droits.

Lors d’une discussion avec le directeur de l’une des nombreuses ONGpalestiniennes des droits de l’homme, ce monsieur m’a expliqué : « Notre travail n’a rien à voir avec la politique ; nous ne faisons que dénoncer les crimes d’Israël et ses violations des droits de l’homme. »

Non seulement ce genre de déclaration agréera les donateurs et signifiera que les investissements étrangers sur le marché des droits de l’homme apolitiques palestiniens continueront à affluer, elle reflète également une foi sincère, du chef de la plupart des organisations des droits de l’homme en Palestine, en ce que le conflit avec Israël n’est pas une question politique, mais plutôt une question de droits. C’est comme si les violations des droits palestiniens par Israël était une question humanitaire plutôt qu’une question politique.

La politique est un sale boulot, affirment ces personnes, et les gens ne peuvent compter sur elle pour représenter et faire valoir leurs doléances dans le jargon juridique de mise. Par conséquent, les ONG des droits de l’homme reprennent ce rôle et dictent la façon dont les Palestiniens doivent exprimer leurs revendications. Cette approche élitiste est à la fois paternaliste et exclusive et, ces vingt dernières années, elle a créé en Palestine une minorité privilégiée d’avocats, de militants et de porte-parole élitistes d’une cause qui ne veut tout simplement pas aller au-delà des législations internationales et des droits de l’homme. La dépolitisation est quelque chose d’inhérent, dans le discours libéral des droits de l’homme, où les combats sont menés sur un terrain juridique et où c’est l’oppresseur qui établit les règles.

Les gens qui croient en ce discours des droits de l’homme perçoivent également la chose comme une source de légitimité. On exige des Palestiniens qu’ils justifient leurs actions et leur résistance en fonction des lois internationales tant pour combattre la propagande israélienne que pour gagner leur propre légitimité. Recourir à un discours des droits de l’homme rapporte plus de partisans, spécialement en Occident et dans les cercles qui n’ont pas toujours été bien disposés à l’égard des revendications palestiniennes.

Le fait d’éviter des mots forts comme libération, décolonisation et rébellion et de les retirer du lexique des droits de l’homme accroîtra la popularité des revendications palestiniennes.

La chose a été particulièrement évidente à l’issue de laDeuxième Intifada, quand la résistance palestinienne violente a été diabolisée. Le recours à la terminologie des droits de l’homme a été idéal pour faire en sorte que lesPalestiniens aient une apparence « civilisée » aux yeux des Occidentaux et qu’ils« prouvent » le caractère correct de leur cause.

Mais, ce qu’a en fait réalisé cet insistance en faveur d’un discours libéral, ç’a été d’exclure de la politique un peuple privé de droits, de délégitimer les formes armées de résistance et de donner la priorité à un agenda juridique qui fait la promotion des droits de l’homme comme si c’était une industrie et non en termes de contenu et de véritable changement durable.

Dans sa critique politique et philosophique des droits de l’homme, « Sept thèses sur les droits de l’homme », Costas Douzinas affirme que, alors que « les revendications et les luttes concernant les droits de l’homme mettent en exergue l’exclusion, la domination et l’exploitation, ainsi que l’incontournable conflit qui imprègne toute la vie sociale et politique », « elles dissimulent les racines profondes de la lutte et de la domination en enfermant la lutte et la résistance dans le cadre de remèdes légaux et individuels qui, en cas de succès, n’aboutissent guère qu’à de petites améliorations individuelles et à un réaménagement marginal de l’édifice social ».

Et d’ajouter que l’impact des droits de l’homme consiste à « dépolitiser un conflit et à éloigner la possibilité d’un changement radical ».

Il est indéniable que les ONG des droits de l’homme en Palestine ont obtenu quelques succès même au sein du système juridique colonial d’Israël, mais ces réalisations sont limitées et ont contribué davantage à améliorer l’image de marque du système judiciaire d’Israël, de lui conférer une légitimité et de promouvoir sa réputation en tant que système libéral accessible plutôt que de faire progresser de quelque façon que ce soit la cause des revendications palestiniennes.

À bien des égards, le soulèvement actuel en Palestine n’est pas qu’une simple rébellion contre l’occupation israélienne et contre la direction palestinienne corrompue ; c’est aussi une accusation portée contre ce discours et cette stratégie basés sur les droits.

Les jeunes qui occupent les rues de diverses façons ne réclament pas des budgets supplémentaires ni l’amélioration des conditions de vie dans leur cage. Ce qu’ils veulent, c’est la destruction de la cage et c’est une revendication que ne sera jamais capable de saisir le discours étroit et libéral des droits de l’homme. Ce n’est pas un combat pour les droits civiques dans lequel les Palestiniens cherchent la reconnaissance pour sortir de l’occupation, mais un combat de décolonisation dans lequel les jeunes n’attendent pas de justifications légales pour recourir à la violence face à un système intrinsèquement violent.

Avec l’arsenal très limité dont ils disposent et qui comprend des couteaux de cuisine, des cailloux et des cocktails Molotov, les jeunes Palestiniens essaient de revendiquer une capacité d’agir qui leur a été retirée en partie par l’élite de laPalestine, tant celle de la politique que celle des droits de l’homme.

Les jeunes en rébellion réclament des changements radicaux ; c’est à la communauté des droits de l’homme en Palestine qu’il incombe de décider si elle les écoutera et les rejoindra où si elles restera confinée dans ses bureaux confortables et ses discours libéraux.

One thought on “Comment l’industrie des droits de l’homme sabote la libération de la Palestine

  1. ITALIAN TRANSLATION

    COME L’INDUSTRIA DEI DIRITTI UMANI SABOTA LA LIBERAZIONE DELLA PALESTINA
    Scritto il 12 Dicembre 2015 da BudourHassan
    Publicato su TeleSur
    Traduzione francese di : Jean-Marie Flémal – Tradotto in italiano da Traduzioni Clandestine

    La creazione dell’Autorità Palestinese, a seguito della ratifica degli accordi di pace di Oslo tra l’entità sionista e l’ OLP, ha introdotto delle trasformazioni strutturali nella politica, nella società e nella lotta palestinesi.
    La lotta di liberazione si è, di conseguenza, trasformata in una questua diplomatica volta al raggiungimento dello status di “nazione” per il 22% del territorio palestinese; la rivoluzione è stata così deviata e, progressivamente, le masse popolari palestinesi sono state messe in disparte, sia rispetto all’azione politica che agli spazi collettivi. Se la Prima Intifada aveva rappresentato il culmine della partecipazione popolare nella politica di massa e nell’azione diretta, i decenni seguenti hanno mostrato una tendenza contraria. Le persone sono state marginalizzate, spogliate della propria capacità di azione e trasformate in spettatori, mentre una piccola elite negozia in loro nome, sfruttandone i sacrifici e facendosi passare per gli unici rappresentanti legittimi della volontà popolare.
    Questa nuova era, ha richiesto la formazione di un nuovo quadro normativo, l’adozione di un nuovo modo di esporre il pensiero e l’introduzione di un vocabolario e di un lessico totalmente differenti. Tutto ciò si è reso necessario per ottenere la transizione da movimento rivoluzionario alla costruzione di uno Stato, volto allo sviluppo di un processo di trasformazione della società verso un modello neoliberista, sotto l’occupazione, e consentendo il proseguimento della colonizzazione e dei furti di terra da parte dei sionisti.
    E’ in questo contesto che sono comparse le “industrie” dei diritti umani e la conseguente “istituzionalizzazione” delle stesse istanze e rivendicazioni.
    Ciò non significa che il contenuto intrinseco al concetto di diritti umani fosse estraneo ai palestinesi; tantomeno che questa consapevolezza sia più sentita da quando si è verificata questa invasione all’eccesso di ONG specializzate nella questione dei diritti umani.

    Quando i Palestinesi, di ogni estrazione sociale, rivendicarono i propri diritti all’autodeterminazione, alla libertà, alla dignità e alla giustizia, a partire dalla Prima Intifada agli inizi del 1987, non lo fecero sotto la spinta di queste organizzazioni.
    Non furono ispirati dalla Dichiarazione Universale dei Diritti dell’Uomo né dai trattati e dalle convenzioni conseguenti ad essa. Piuttosto furono fortemente influenzati dalle lotte anticoloniali e dai movimenti di liberazione del Sud in generale, a partire dal Nord Africa fino all’America Latina

    Un’altra conseguenza dell’imposizione del discorso dei diritti umani, fu quindi la depoliticizzazione della lotta palestinese e il suo reinquadramento nel linguaggio, politicamente neutro, dei diritti.
    Al termine di una discussione col presidente di una delle numerose ONG palestinesi che si occupano di diritti umani, questo signore mi ha spiegato : « Il nostro lavoro non ha nulla a che fare con la politica : non facciamo altro che denunciare i crimini dei sionisti e le loro violazioni dei diritti umani.»
    Questo tipo di dichiarazioni, non solo renderanno compiacenti i donatori, e quindi gli investimenti stranieri sul mercato dei diritti dell’uomo “apolitico” palestinese continueranno ad affluire; ma riflette allo stesso modo una fede sincera, da parte della maggioranza delle ONG operanti in Palestina, che il conflitto con l’entità sionista non sia una questione politica ma solo una questione di diritti negati. E’ come se le violazioni dei diritti dei Palestinesi da parte dell’entità sionista siano una questione umanitaria piuttosto che politica.
    La politica è un lavoro sporco, affermano queste persone, e la gente non può contare su di essa per farsi rappresentare e fare valere le proprie rimostranze. Di conseguenza, le ONG si sostituiscono in questo ruolo e determinano il modo in cui i Palestinesi devono esprimere le proprie rivendicazioni. Questo approccio “elitario”, è sia di tipo paternalista che esclusivista, ed ha creato negli ultimi 20 anni in Palestina un minoranza privilegiata di avvocati, di militanti e di portavoci di un causa che semplicemente non vuole oltrepassare la soglia delle leggi internazionali e dei diritti umani. La depoliticizzazione è qualcosa di intrinseco, nel disegno liberista inerente i diritti umani, in cui i conflitti sono portati su un terreno giuridico e dove è l’oppressore che stabilisce le regole.
    Coloro che credono in questo discorso dei diritti umani, percepiscono tutto ciò come una fonte di legittimizzazione. Si pretende che i Palestinesi giustifichino le proprie azioni e la propria resistenza in funzione delle leggi internazionali, sia per combattere la propaganda sionista e sia per conferirsi legittimità. Ricorrere al discorso dei diritti umani porta maggior supporto, specialmente in Occidente e in tutti quegli ambiti che non sono mai stati ben disposti rispetto alle rivendicazioni dei Palestinesi.
    Già solo il fatto che si evitino parole come liberazione, decolonizzazione e ribellione, che esse vengano omesse dal vocabolario dei diritti umani, accrescerà la popolarità delle rivendicazioni palestinesi.
    La cosa fu particolarmente evidente a seguito della Seconda Intifada, quando la resistenza armata palestinese è stata demonizzata. Il ricorso alla terminologia dei diritti umani è stato il modo ideale per fare in modo che i Palestinesi avessero un’apparenza “civile” agli occhi degli Occidentali, cosicchè essi potessero “dimostrare” la correttezza della propria causa.
    Invece, quello che si è effettivamente realizzato con questa insistenza in favore di un approccio liberale, è stata l’esclusione dalla politica di un popolo privato dei propri diritti, la delegittimizzazione delle forme di resistenza armata e il dare la priorità ad un’agenda giuridica che tratta la questione dei diritti umani come se fosse un’azienda e non in termini di contenuti, di un reale e duraturo cambiamento dello stato di cose esistenti.
    Nella sua opera politica e filosofica, critica dei diritti umani «Sette tesi sui diritti umani», Costs Douzinas afferma che, quando « le rivendicazioni e le lotte concernenti i diritti umani mettono in primo piano l’esclusione, l’egemonia e lo sfruttamento, piuttosto che lo sconfinato conflitto che permea tutta la vita sociale e politica », « esse dissimulano le ragioni profonde delle lotte e del dominio, riducendo il conflitto e la resistenza nel quadro delle soluzioni legali e individuali che, in caso di successo, non porteranno altro che piccole migliorie a livello di individui e ad una riorganizzaione marginle della struttura sociale ».
    Douzinas sottolinea anche il fatto che l’impatto dei diritti umani consiste in « depoliticizzare un conflitto e allontanarlo dalla possibilità di raggiungere un cambiamento radicale. »
    E’ innegabile che le ONG dei diritti umani in Palestina abbiano ottenuto dei successi, finanche all’interno delle isìtituzioni giudiziarie sioniste; ma questi risultati sono limitati ed hanno, di contro, contribuito a migliorare l’ “immagine di mercato” del sistema giudiziario sionista, a conferirgli una certa legittimità e a promuoverne la reputazione come sistema liberale e accessibile, piuttosto che avere in qualche modo fatto progredire la causa delle rivendicazioni palestinesi.
    A ben vedere, l’attuale sollevazione popolare in Palestina non è semplicemente una rivolta contro l’occupazione sionista e contro i dirigenti palestinesi corrotti e collusi; è anche un gesto d’accusa nei confronti di questi discorsi e queste strategie baste sui diritti.
    I giovani che scendono in strada, con diverse modalità, in questi giorni, non chiedono dei ulteriori sussidi nè il miglioramento delle proprie condizioni di vita all’interno della loro gabbia. Quello che vogliono, è la distruzione della gabbia, ed è una rivendicazione che non sarà mai contenibile negli stretti discorsi liberali rigurdanti i diritti umani. Non è un lotta per i diritti civili, tramite i quali i Palestinesi possano trovare un riconoscimento per districarsi dalle maglie dell’occupazione, ma una lotta di decolonizzazione nella quale i giovani non aspettano giustificazioni legali per ricorrere alla violenza per contrastare un sistema intrinsecamente violento.
    Con l’arsenale limitato di cui dispongono, fatto di coltelli da cucina, di pietre e di bottiglie Molotov, i giovani palestinesi tentano di rivendicare per sè stessi una capacità di azione che gli è stata negata, in parte dalla dirigenza elitaria palestinese, sia quell politica che quella impegnata nelle ONG dei diritti umani.
    I giovani in rivolta reclamano dei cambiamenti radicali; stà alla comunità dei diritti umani decidere se ascoltare il loro grido e unirsi a loro, o se restare confinata nei suoi comodi uffici e negli sterili discorsi liberali.

    https://budourhassan.wordpress.com/2015/12/12/comment-lindustrie-des-droits-de-lhomme-sabote-la-liberation-de-la-palestine/

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